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    Thaïlande 2004: la région de Bangkok

    par Laval Roy



Bangkok: la ville et ses côtes

" Au sud de la verdoyante plaine centrale, foyer des premiers royaumes siamois, le grand fleuve Chao Phraya se jette dans les eaux du golfe du Siam en un vaste estuaire. C'est là que s'étale la plus grande métropole d'Asie du Sud-Est: Bangkok, capitale tentaculaire qui concentre à elle seule presque toute l'activité industrielle du pays, faisant de toute la région, la plus peuplée de Thaïlande, le moteur de sa croissance économique. Tous les chemins mènent à Bangkok. Mais la frénésie, la touffeur, l'inextricable trafic et le niveau de pollution record donnent envie de fuir vers des campagnes ou des rivages plus sereins. Pourtant cette ville mérite que l'on s'y perde quelques jours, pour ses temples couverts d'or, mais aussi parce que, sous ses aspects futuristes, elle conserve les effluves envoûtants d'un Orient millénaire."
Ce texte puisé dans le guide Michelin (guide NEOS) sur la Thaïlande décrit très bien et en peu de mots les sentiments qui nous animent lorsque nous nous retrouvons dans cette ville impressionnante. Comme notre arrivée à l'aéroport de Bangkok se fait vers minuit, nous ne pouvons réaliser pleinement tous ces anachromismes. Nous aurons l'occasion de nous reprendre de jour alors que nous nous rendons sur la côte pour aller observer dans les salines. En revenant de la côte, la seule perspective offerte au voyageur est une jungle de buildings jaillissant ça et là d'une étrange mer de verdure et de béton. Déjà abasourdi par le bruit et la touffeur, on se retrouve bientôt bloqué dans un trafic indescriptible, au coeur d'un labyrinthe d'avenues sans fin. La construction de voies aériennes, vain projet pour tenter d'aérer la circulation, a créé une ville à deux niveaux et sur d'interminables kilomètres se succèdent les mornes piliers de béton soutenant les autoroutes. Dessous, une multitude de véhicules en tout genre envahissent les rues, dont les typiques tuk-tuk, capables de véritables prouesses pour s'extraire des embouteillages.

Avec sa population de 10 millions d'habitants (15 millions avec la banlieue), il n'est pas surprenant que le trafic automobile, 4 millions de voitures par jour, et la pollution qu'il génère soient les grands fléaux de la capitale thaïlandaise. Si l'idée de s'engouffrer en véhicule dans cette mer agitée ne nous attire pas, c'est une toute autre chose de parcourir les rues à pied. On ne s'est jamais senti menacé que ce soit en plein jour ou en soirée. C'est vrai que nous avons circulé dans un rayon d'une couple de kilomètres de l'hôtel, mais personne du groupe n'a connu de mauvaises expériences.

8 Novembre 2004

Vue du 14ième étage de l'Hôtel Mandarin à Bangkok. 8 Nov. 2004. photo Laval Roy
Arrivé à l'hôtel Mandarin vers 1h30 du matin, c'est après quelques heures de sommeil que je me retrouve vers les 6h30 sur le trottoir en face de l'hôtel.

Ma première espèce asiatique se révèlera bientôt comme étant le Eurasian Tree Sparrow (Moineau friquet). Malgré le bitume et le béton, quelques arbres, arbustes et plantes forment des îlots de verdure où se réfugient des espèces communes et faciles à observer: Red Collared Dove (Tourterelle à tête grise), Peaceful Dove (Géopélie zébrée), Spotted Dove (Tourterelle tigrine), Rock Pigeon (Pigeon biset), Common Myna (Martin triste), White-vented Myna (Grand Martin) et le Streak-eared Bulbul (Bulbul de Blanford).


Malgré l'heure matinale, ça grouille déjà de monde sur les trottoirs et je me fais même offrir des services de taxi ou de tuk-tuk. Et là, la barrière linguistique s'érige brusquement et impitoyablement. Incapacité absolue de communiquer avec ces gens qui sont pourtant tout sourire et toute gentillesse. À un chauffeur, je montre des illustrations dans mon field guide. À peine rentré dans son taxi, il en ressort en me brandissant un pamphlet du jardin zoologique. C'est certain que son geste à une intention mercantile, mais je trouve ça très charmant. J'essaie de lui expliquer que je fais partie d'un groupe et que nous avons déjà un véhicule, mais j'abandonne bientôt l'idée.

 

Vers 7h00, Jean Laporte et Philippe Blain sortent, après avoir déjeuné, et, munis d'une carte de la ville, ils se dirigent vers le parc de Lumphini. Ce parc est à environ 1 km et demi de l'hotel. Comme notre départ pour les salines est programmé pour 9h00, nous avons le temps de nous y rendre. En sortant du terrain de l'hôtel, nous empruntons l'avenue principale (Pharam 4 road ou Rama IV) sur notre droite et nous bifurquons ensuite à gauche sur Phayathai Road. Le terrain de l'université Chulalongkorn est bientôt sur notre droite, après une 10aine de minutes de marche. Ce vaste site est très bien aménagé avec des points d'eau, des surfaces gazonnées et plusieurs arbustes à fruits ou à fleurs. En une trentaine de minutes, nous faisons des observations qui nous enchantent: Coppersmith Barbet (Barbu à plastron rouge), Black-naped Oriole (Loriot de Chine), Common Iora (Petit Iora), Pied Fantail (Rhipidure pie), Oriental Magpie-Robin (Shama dayal), White Wagtail (Bergeronnette grise), Chinese Pond Heron (Crabier chinois) et Large-billed Crow (Corbeau à gros bec).

Comme je n'ai pas encore déjeuné, je quitte Jean et Philippe qui continuent jusqu'au parc Lumphini. Ce parc se révèlera moins productif que le site universitaire. Vu la réputation de l'endroit, il y a beaucoup de circulation et les abords des points d'eau sont bétonnés, ce qui donne une allure trop artificielle.

À 9h00, nous nous entassons dans les 3 véhicules fournis par Travel Superb. Nous avions préalablement fait la connaissance de nos guides, les professeurs Wachara Yoosawasoi (WAT) et Panya Chaiyakum (PAN). Nous empruntons les avenues déjà congestionnées de Bangkok et nous nous retrouvons bientôt sur l'autoroute 35, direction Sud-Ouest. C'est très impressionnant de traverser le Chao Phraya, ce grand fleuve qui vient terminer sa course dans le Golfe de la Thaïlande. Le port s'étend sur plusieurs kilomètres en un long chapelet de bateaux qui attendent soit un chargement soit un déchargement de marchandises. Le grand navire moderne côtoie l'embarquation en bambou ajoutant une note surréaliste à ce tableau déjà dépaysant. Le smug toujours présent vient ternir un peu le portrait, mais c'est la rançon à payer par nos grandes métropoles modernes.

Après une heure de route, nous nous retrouvons aux environs de Khok Kham, près de Samut Sakhon. C'est une région de salines. On y récolte le sel à partir de l'eau de mer évaporée. Le principe est simple et efficace. Dans un terrain situé de préférence en bas du niveau de la mer, on délimite des zones en quadrillés. Grâce à un système ingénieux de rigoles, on laisse entrer l'eau de mer. Cette eau de mer se trouve emprisonnée et elle s'évapore, laissant des dépôts de sel au sol. Il ne reste plus alors qu'à récolter ce sel et à le vendre. Naturellement, à cause des organismes charriés par l'eau, ces lieux sont des zones privilégiées pour observer les limicoles, les échassiers, les sternes et mouettes et une myriade d'autres petits oiseaux. Les rapaces de milieux ouverts s'associent à cet environnement. La température est très chaude, près de 40 degrés centigrades, et le facteur humidex doit frôler les 80%.

Le Spoon-billed Sandpiper (Bécasseau spatule), en haut à droite, aux salines de Samut Sakhon. 08 nov.2004. photo par Pierre Bannon.
Notre oiseau-vedette de la journée est le Spoon-billed Sandpiper (Bécasseau spatule) et nous avons la chance d'avoir la collaboration d'un guide local qui saura, après de multiples essais, nous localiser enfin l'oiseau rare. La population mondiale de cette espèce se situerait aux alentours de 1000 individus. Il se retrouve l'hiver dans cette région de la Thaïlande et c'est l'endroit idéal pour l'observer. C'est donc le coeur très léger que tous les participants ont pu ajouter cette perle rare à leur liste à vie. Nous en rencontrerons un autre, le 24 Novembre, dans la région de Phet Buri, à 60 km plus au Sud. La région à explorer est très vaste et la chance de tomber sur cet oiseau en est d'autant réduite.

Notre journée se résume à observer dans ces milieux humides et nous nous rendons finalement jusqu'aux alentours de Samut Songkhram, à environ 80 km de notre hôtel. Nous dînons sur un bateau stationné en bordure d'une rivière où nous pouvons observer les oiseaux tout en nous régalant d'un délicieux repas thaï. À la brunante, nous allons visiter un temple à l'intérieur duquel des German's Swiftlet (Salangane de German) viennent nicher et passer la nuit. C'est très impressionnant de voir des centaines d'individus qui arrivent de partout et qui s'engouffrent dans le temple par les larges portes laissées ouvertes. Elles vont ensuite s'agripper aux murs de la bâtisse. Nous faisons un parallèle avec nos Martinet ramoneur lorsqu'ils descendent dans les cheminées à la brûnante. Les nids de ces salanganes sont très prisés par les asiatiques qui paient le prix fort pour les consommer en soupe. Notre retour à l'hôtel se fait vers les 18h30.

Les oiseaux qui nous ont le plus enchanté lors de cette première journée: Black-capped Kingfisher (Martin-chasseur à coiffe noire), Collared Kingfisher (Martin-chasseur à collier blanc), Blue-tailed Bee-eater (Guêpier à queue d'azur), les 17 espèces de limicoles dont les Red-necked Stint (Bécasseau à col roux), Long-toed Stint (Bécasseau à longs doigts), Broad-billed Sandpiper (Bécasseau falcinelle), Lesser Sand Plover (Pluvier de Mongolie) et Pacific Golden Plover (Pluvier fauve). Aussi un magnifique Brahminy Kite (Milan sacré), le Brown-headed Gull (Mouette du Tibet), le Black Drongo (Drongo royal) et les 3 espèces de bergeronnettes.

63 espèces seront observées lors de cette première journée.

Si vous désirez voir des photos des espèces observées, aller consulter le site de Pierre Bannon . Je le remercie d'ailleurs de m'autoriser à utiliser quelques unes de ses photos dans ce rapport de voyage.

24 Novembre 2004

Nous voilà maintenant à notre dernière journée en sol thaïlandais. Alors que 10 personnes du groupe décident de profiter de la journée pour visiter Bangkok, Camille Tremblay, Jean Laporte, Pierre Bannon et moi-même partons avec TON et un de ses amis, le Dr Kaset Sutasha, jeune médecin vétérinaire de 25 ans et spécialisé en oiseaux de cage, vers Phet Buri, plus précisément dans la région de Pak Thale. Nous sommes alors à près de 120 km de Bangkok.

Un Greater Spotted Eagle immature à Pak Thale. 24 nov.2004. photo par Pierre Bannon. Nous quittons l'hôtel à 7h00 et nous arrivons au site vers les 8h30. Ce secteur est reconnu pour ses couloirs de migration de rapaces. L'habitat est différent de Samut Sakhon et Samut Songkhram en ce sens qu'il y a plus d'arbres et de marécages. C'est vraiment intéressant. Nous avons l'occasion de revoir les oiseaux des marais et les limicoles observés à divers endroits lors de notre périple qui s'achève.

Kaset s'avère être un guide très compétent et communicateur. Ce jeune vétérinaire est très enthousiaste lorsqu'il nous montre une espèce promise. Son excitation atteint son apogée quand il nous signale un Greater Spotted Eagle (Aigle criard) en vol parmi des dizaines de Black Kite (Milan noir). Un peu plus tard, nous avons même la chance d'en observer un, posé dans la boue. Pierre Bannon en profite pour le "digiscoper".

Je recommande fortement à quiconque de se rendre à cet endroit pour la diversité des habitats et pour la richesse aviaire. Il faut cependant être accompagné d'un guide local, car le territoire est vaste et il faut vraiment le connaître à fond pour s'y reconnaître. Kaset est un expert de l'endroit et il s'y rend régulièrement une couple de fois par mois. Avant de voir les nouvelles espèces, il nous prédisait même les coins où on les verrait. Quelques nouvelles espèces nous ont ravi cette journée-là: les Ruddy-breasted Crake (Marouette brune), Eurasian Curlew (Courlis cendré), Caspian Tern (Sterne caspienne), Whiskered Tern (Guifette moustac), Eastern Marsh Harrier (Busard d'Orient), Painted Stork (Tantale indien), Black-headed Ibis (Ibis à tête noire), Bank Swallow (Hirondelle de rivage), Lesser Crested Tern (Sterne voyageuse), Great Knot (Bécasseau de l'Anadyr), Heuglin's Gull, Pallas's Gull (Goéland ichthyaète), Black-tailed Gull (Goéland à queue noire) et Nordmann's Greenshank (Chevalier tacheté).

Nous finissons cette journée avec 18 nouvelles espèces pour le voyage, portant notre compte final à 355 espèces rencontrées dont 12 seulement entendues.

En février 2000, un bon ami a fait un voyage similaire avec WINGS, une compagnie américaine. Ils avaient comme guides Philip Round, co-auteur du premier guide sur la Thaïlande et ornithologue britannique réputé internationalement, et Jon Dunn, un américain dont la renommée n'est plus à faire. Ils ont parcouru sensiblement le même trajet avec un groupe de 14 participants. Malgré qu'ils étaient au début du printemps et que les oiseaux étaient plus territoriaux, donc plus vocaux, ils ont finalisé le voyage avec 369 espèces dont 20 entendues seulement. Si je compare avec notre rendement, soit 343 espèces VUES, je trouve le différentiel de 6 espèces VUES comme une preuve convaincante que nos guides, malgré leur manque de notoriété et les problèmes de communication, ont fait un excellent travail. De même pour les participants qui ont travaillé sans relâche et qui ont contribué par leur esprit d'équipe à garder une bonne cohésion dans le groupe.

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© 2004 Laval Roy